De l’art de vivre le confinement sereinement

by Suzanne
1st mai 2020
Comments 0

« Ça va, tu tiens le coup ? » Texto d’une amie.

« En espérant que tu ailles bien, ainsi que tes proches », se conclut ce courriel reçu d’une collègue.

Dès le début du confinement, le ton de nos conversations a pris un tournant des plus pessimistes. Des threads de conseils pour nous aider à supporter la quarantaine pullulent sur Twitter et des dizaines d’articles portant sur l’impact négatif de l’isolement forcé sont publiés tous les jours.

Et pourtant, malgré la situation sanitaire catastrophique, malgré l’angoisse que cela génère tout autour de moi, il faut bien l’avouer : je ne me suis rarement sentie aussi bien. Et pour une anxieuse de nature, ce n’est pas une mince affaire ! Mais voilà, cette nouvelle vie au ralenti, cette parenthèse dans le temps au sein de mon cocon semble me convenir bien mieux que ma vie habituelle. Ce n’est pas une surprise pour moi : j’ai toujours été très casanière, et vous me trouverez bien plus souvent lovée sur le canapé qu’en soirée un samedi soir. Résultat, j’en suis actuellement au quarante-septième jour de confinement, je ne suis sortie qu’une seule fois, et tout se passe pour le mieux en ce qui me concerne.

Cependant, comme beaucoup d’autres le déplorent, je suis un peu moins productive côté professionnel : je ne travaille jamais mieux qu’au collège en temps normal. Mais côté projets perso et créatifs, voilà que mon temps de trajet quotidien a été transformé en temps pour écrire et pour apprendre une nouvelle langue, après des années à courir après la motivation pour m’y mettre.

J’ai conservé un semblant de routine, parce que c’est ce qui me convient, je suis un être d’habitudes ! Je me lève le matin, je me prépare un cappuccino en rêvassant. Je prends le temps de petit déjeuner en lisant un livre (et je ne suis pas prête d’arriver au bout de ma pile à lire, grâce à ma liseuse). Je me maquille, je m’habille lorsque j’en ressens l’envie. Je nourris mes lapins, je peux enfin leur dédier davantage que quelques secondes volées avant que je ne doive m’enfuir en courant, retardée par ma fatigue et ma difficulté à me sortir des draps. Enfin, je me mets au travail ; il n’y a pas de sonnerie pour me presser (mes cours en visio se tiennent à partir de dix heures au plus tôt, mes élèves n’étant pas très matinaux en ce moment), et je dispose alors de deux heures au minimum pour planifier mon travail, corriger mes copies, préparer mes cours en visio et les PDF des séances que les élèves effectuent seuls. Je déjeune avec J. devant la télé (en ce moment, on se refait tout The Office). Puis on boit un café, on se remet au boulot et le soir, on cuisine ensemble, on boit un verre sur la terrasse en prenant le temps de discuter… J’ai vraiment l’impression de prendre le temps de vivre, en fait.

Bien sûr, je ne dis pas que j’écris tous les jours sans faute et que mes journées sont parfaites et productives. Mais c’est là toute la beauté de cette parenthèse dans le temps : je ne ressens aucune culpabilité. Après une vie entière à me poser mille questions, j’ai enfin l’impression d’avoir le temps et l’état d’esprit nécessaires pour ne rien faire, ou faire les choses que je veux faire, et les faire bien quand j’en ressens l’envie. Alors je savoure ces moments, car je sais que tout ça est éphémère, et j’essaie de vivre au jour le jour, pour une fois que cela nous est permis.

Photo by Minh Pham on Unsplash

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *